Une île pour Cousteau

Author: dyneco

Par décret publié le 18 novembre dernier, le Mexique vient de rebaptiser « île Jacques-Yves Cousteau » l’île Cerralvo, située dans le Golfe de Californie, après avoir inauguré en juin dernier le premier observatoire marin du pays, lui aussi dénommé « Jacques-Yves Cousteau ».

Le célèbre océanographe, décédé en 1997, avait qualifié la Californie mexicaine « d’aquarium du monde », par sa richesse en faune marine, incluant les célèbres Baleines grises, sauvées de l’extinction au siècle dernier, et qui viennent y mettre bas chaque hiver.

Sources :

« Le Mexique rebaptise une de ses îles ‘Jacques Cousteau’ », Le Monde, 18 novembre 2009

http://www.iucnredlist.org

L’énergie éolienne a ses partisans ; mais elle a aussi des opposants farouches, qui leur reprochent leur laideur (notion toute relative, la Tour Eiffel était elle aussi jugée très laide il y a un siècle), leur impact sur les oiseaux (en fait relativement bas par rapport à d’autres ouvrages[1][2], et leur inefficacité énergétique supposées, plus des affirmations plus farfelues, comme faire tourner le lait des vaches[3].

Face à cette armada de « Don Quichotte », opposons-leur un exemple espagnol, pays qui s’est largement équipé en éoliennes, qui parsèment ses plateaux et ses plaines, comme jadis les moulins à vent chers à Cervantès. Les éoliennes y ont remporté une manche décisive.

Dimanche 8 novembre, et pour la première fois dans l’histoire, c’est la moitié de l’électricité du pays qui a été produite grâce à l’énergie éolienne,un record qui a culminé à 53% peu avant l’aube, à la faveur de vents très forts.

En 2008, le précédent record était de 44%, un niveau tout à fait honorable.

En temps normal, la part de l’éolien est de 15 à 20% dans la production d’électricité nationale.

De quoi donner du grain à moudre aux défenseurs de l’éolien !

Sources :

http://www.rtbf.be

http://www.autourdubio.fr


[1] http://www.planete-eolienne.fr

[2] http://citron-vert.info

[3] Pour plus d’informations,voir le site http://www.amisdelaterre.org

La Baltique fait reparler d’elle dans l’actualité de ces derniers jours.

Dyneco y avait consacré un article voici deux mois[1],soulignant les progrès accomplis depuis plusieurs années dans la protection des eaux et de la faune. L’on doit cependant évoquer les menaces potentielles pesant sur cet écosystème fragile.

Au début de ce mois, les pays scandinaves (Danemark, Suède et Finlande) ont donné leur accord pour la construction du gazoduc Nord Stream, qui traversera la Baltique depuis les côtes russes jusqu’à l’Allemagne.

Bien que ses avantages pour la sécurité énergétique de l’Union européenne (qui ne devra plus attendre le bon vouloir de gouvernements instables, comme l’Ukraine ou les pays du Caucase) ne doivent pas être oubliés, des interrogations subsistent par rapport aux risques de pollution, par épandage de gaz ou même sous l’effet d’un choc avec des dépôts de munitions pendant les travaux, d’autant que la mer Baltique est très fermée et que les eaux s’y renouvellent très difficilement.

L’argument environnemental avait été un des facteurs de réticence des gouvernements scandinaves par rapport au projet (de même que d’autres considérations de nature plus politique).

Sources :

http://www.rfi.fr

http://www.russomania.com

www.wikipedia.fr


[1] http://dyneco.bloguez.com/dyneco/619703/


Une idée reçue veut que les pays
en développement gaspillent leur énergie et que seuls les pays riches se
préoccupent de l’économiser, faute de technologies suffisantes, mais aussi en
raison d’une indifférence manifestée par les populations et de la priorité
accordée à l’industrialisation par les politiques.

 

Pourtant, des contre-exemples
intéressants existent, et non des moindres, l’Inde par exemple.

Malgré une croissance économique
très élevée lors de la dernière décennie (proche des 10% par an[1]),
l’émission de gaz à effet de serre n’y dépasse pratiquement pas le tiers des
émissions de la Chine,
pour une population et un taux de croissance économique proches[2].

En 2005, comme le révèle une
étude du cabinet indien Prayas présentée à Delhi en octobre 2009, la
consommation totale de fuel en Inde a été inférieure à la simple augmentation de la consommation de ce combustible en
Chine et aux Etats-Unis pendant la période 1990-2005.

 

L’intensité énergétique (rapport
entre consommation d’énergie et production) de l’Inde est proche de celle de
l’Europe, et nettement inférieure à celle des Etats-Unis et de la Chine.

La performance s’explique par les
prix de l’électricité pour l’industrie (parmi les plus élevés au monde), qui
incite les entreprises à économiser, mais aussi le prix élevé des carburants et
la densité des villes (qui limite la longueur des déplacements).

 

Les usages domestiques favorisent
aussi les économies d’énergie, avec une utilisation importante de la biomasse,
et le régime végétarien d’une part importante de la population (la consommation
de viande moyenne d’un Indien est 25 fois inférieure à celle d’un habitant des
Etats-Unis).

 

Ce bilan édifiant, notamment en
ce qui concerne l’industrie et les transports, ne doit pas occulter pour autant la pauvreté et la misère encore très
répandues
 : 40% des Indiens ne disposent pas d’électricité.

 

L’étude propose des voies
d’avenir pour permettre à la fois d’améliorer le niveau de vie des habitants et
de contrôler les émissions de gaz à effet de serre : énergie solaire, gaz
naturel, technologie « supercritique » de combustion du charbon,
réduction des pertes d’énergie dans les réseaux.

 

Ces actions présentes et futures
manifestées dans ce pays méritent
davantage d’attention de la part des pays occidentaux, au lieu de l’attitude
condescendante couramment exprimée
, qui vise à blâmer les pays pauvres et
émergents pour justifier leur prope inaction en matière de protection de
l’environnement !

 

Sources :

« Malgré une forte croissance économique, le pays reste pour
l’instant un modèle de sobriété énergétique
 », Hervé KEMPF, Le Monde,
2 novembre 2009.


Bonne nouvelle pour les zones
humides méditerranéennes : le Conservatoire du littoral vient de donner
son accord pour l’achat de 4.500 hectares
de marais salants à la
Compagnie
des salins du Midi.

Cette acquisition, inscrite dans
le cadre du « Grenelle de l’Environnement », porte à 21.000
hectares
d’un seul tenant l’étendue de marais
camarguais protégés par l’Etat, sous la forme de réserves ou de propriétés du
Conservatoire du littoral.

Bien que les marais salants
soient un milieu aménagé par l’Homme (et donnent toujours lieu à une
exploitation industrielle en Camargue), ils sont le lieu de vie de nombreuses
espèces animales et végétales typiques, parmi lesquelles l’emblématique Flamant
rose Phoenicopterus roseus, mais
aussi des espèces rares et moins médiatisées comme le Goéland railleur Larus genei et la Glaréole à collier Glareola pratincola, pour lesquelles il
s’agit du seul site de nidification régulier en France.

 

Le Flamant rose est présent sur
trois continents (Europe, Asie et Afrique), mais ne niche que sur quelques
sites dans le bassin méditerranéen, et, en France, sur un seul étang
camarguais, l’étang du Fangassier, exploité par la Compagnie des salins du
Midi (qui prenait des mesures spécifiques pour conserver la colonie de
Flamants, veillant à la stabilité du niveau de l’eau pour éviter d’assécher
l’étang ou de noyer les nids).

En 2007, la désaffection de la
saline par l’entreprise et un conflit social au sein de celle-ci avaient mis en
péril la colonie de Flamants, qui ne s’était pas reproduite cette année-là.

Ces faits récents illustrent la
fragilité de cette espèce et des écosystèmes camarguais (dont la pérennité
nécessite l’intervention humaine) ; l’acquisition des terrains du
Fangassier par le Conservatoire doit être d’autant salués[1][2][3].

 

Illustration : Flamants roses en vol.

Citation du jour

Author: dyneco

« L'équilibre est à mi-chemin entre les deux extrêmes »

(Bernard Werber, écrivain de science-fiction français, 1961- )

Source: http://www.citations.com


Après deux articles sur les toilettes du monde (la série n'est pas encore finie…), il est utile de remonter le tube digestif  jusqu'à sa source (glurps), et s'intéresser à notre alimentation.

Alors que la consommation massive
et l’industrie de la viande sont de plus en plus décriées pour leurs
conséquences économiques, sociales et environnementales, et qu’elles ont donné
lieu à un virulent réquisitoire[1],
votre blog préféré vous propose de retracer quelques conseils de bon sens en
matière alimentaire, aux antipodes des idées reçues et de la pensée
consumériste issue des dites « Trente Glorieuses »[2].

 

C’est un fait, la consommation de
viande a quadruplé en France depuis l’entre-deux-guerres.

Et ne crachons pas dans la soupe
je vous prie, cela a représenté un progrès social par rapport aux décennies
précédentes, où la viande était le plus souvent réservée aux riches, sans
parler des heures noires de l’Occupation.

Mais là où il faut se poser des
questions, c’est lorsque l’augmentation de l’offre s’accompagne d’une baisse de
la qualité nutritionnelle et sanitaire des produits.

« Il faut savoir ce que l’on aime, et rentrer dans son HLM, manger du
poulet aux hormones
 », chantait Jean Ferrat dans les années 1970.

Les pouvoirs publics ont depuis
pris diverses mesures destinées à améliorer la sécurité alimentaire, mesures
renforcées à l’échelon national puis européen lors de crises comme celles de la
« vache folle » des années 1990.

 

Mais lorsque c’est l’élevage en
lui-même qui est accusé de produire des quantités astronomiques de gaz à effet
de serre (selon la FAO,
18% des gaz à effet de serre d’origine humaine, soit plus que les transports…),
et de consommer de grandes quantités de céréales et autres végétaux pouvant
servir à l’alimentation humaine (surtout dans un contexte de pression accrue
sur les espaces agricoles et naturels dans le monde), il y a lieu de
s’interroger sur la pérennité de notre modèle d’alimentation, tel qu’il est
perçu par nous-mêmes, mais aussi dans les pays émergents ou encore les pays les
moins avancés.

 

Par ailleurs, la surconsommation
de viande entraîne des troubles sanitaires (maladies cardio-vasculaires,
d’obésité, rhumatismes, cancer de l’intestin…[3]), de
tel sorte que le « bénéfice » sanitaire revendiqué depuis une
cinquantaine d’années (= plus on mange de viande, plus on est en bonne santé)
est de plus en plus remis en cause.

 

La viande n’est pas la seule
source de protéines pour l’alimentation humaine : certains végétaux (lentilles,
haricots rouges, haricots blancs, pois chiches, soja…) en sont très riches, ils
font partie de l’alimentation usuelle de maintes parties du monde et peuvent fréquemment
remplacer la viande sur votre table !

 

Sur le plan écologique, le
rapport coût-avantages tourne sans appel en faveur des protéines
végétales : alors qu’un bœuf peut fournir 1.500 repas, les plantes
nécessaires pour le nourrir peuvent en assurer 18.000[4] !
On imagine alors les potentialités que peut offrir une moindre consommation de
viande pour la préservation des espaces naturels et la satisfaction des besoins
alimentaires de base dans les pays frappés par la faim.

Comparé aux bovins, le rapport
est moins mauvais pour le porc ou le poulet ; l’élevage de ces espèces
suppose une quantité moindre de matière végétale par kilogramme de viande
produit.

 

Il est de ce fait conseillé de
(re-)découvrir les repas végétariens chez soi (si, si, ça peut être très bon), et, si l’on achète de la viande,
de préférer les volailles ou le porc.

 

Mais rassurez-vous, Mesdames et
Messieurs les amateurs de viande rouge !

Si vous réduisez votre
consommation, vous pourrez plus facilement privilégier des viandes de qualité,
notamment issues de l’agriculture biologique (donc nourries sans OGM et autres
substances suspectes).

C’est utile pour les agriculteurs
de votre région ou pays, comme pour votre santé et l’environnement ! Et
puis ça redonnera plus de saveur aux biftecks que vous mangerez !

 

Dernier détail pour les
sceptiques : selon un sondage réalisé en 2006 par l’institut TNS SOFRES
pour Le Pèlerin, 61 % des Français seraient prêts à réduire leur consommation
de viande pour lutter contre le réchauffement climatique[5].

 

Et vous ?

 

 

Sources :

« Faut-il manger moins de viande pour sauver la planète ? »,
chat avec Fabrice Nicolino, Le Monde,
15 octobre 2009.

« Il faut réhabiliter les pois et les lentilles ! »,
entretien avec Jean-Marie Pelt, Sciences
et avenir
, juin 2007.

 

 

Illustration : diverses
variétés de lentilles ; la lentille est un des végétaux les plus riches en
protéines.



[2]
« Suivez le bœuf », disait un slogan de cette époque, destiné à
stimuler la consommation de viande bovine. Peut-être un progrès, mais sur
lequel il faut s’interroger lorsque le bœuf que l’on « suit » devient
fou.

[4] Ce
mode d’élevage accapare d’immenses superficies d’espaces agricoles et/ou
naturels, convertis en monocultures très consommatrices d’engrais, de
pesticides voire d’OGM. La déforestation de l’Amazonie est en partie imputable
à cet état de fait.


La semaine dernière, Dyneco vous
emmenait à la rencontre des toilettes écologiques du Dr Pathak.

Aujourd’hui, votre blogueur
préféré poursuit son tour du monde des toilettes insolites (et écologiques bien
sûr), avec un autre modèle, dont le concept est proche du premier.

 

Son nom ? L’Arborloo.

Etant donné que le concept est
encore peu connu en France, et ce malgré le « Grenelle de
l’Environnement », il importe d’expliquer un peu en quoi consiste ce
modèle.

 

L’arborloo est d’abord un
mot-valise, formé sur le latin « arbor »,
l’arbre, et l’anglais « loo »,
les latrines. Il s’agit d’une cabine à fond simple, qui se remplit au fur et à
mesure de son usage. Le coût d’achat est très réduit (moins de 20 dollars
américains).

Comme pour les latrines du Dr
Pathak (voir l’article de la semaine dernière), les fosses servent, une fois
qu’elles sont comblées, de compost pour y planter un arbre.

 

Et puis, comme c’est un
mot-valise, il est normal qu’il puisse être transporté[1]. La
superstructure d’un arborloo comporte une dalle, un siège et des murs qui
peuvent être déplacés à la fin d’un cycle d’usage (qui est de 6 mois environ
pour chaque remplissage de fosse).

Quant à la fosse, elle est peu
profonde, et sa base est garnie de feuilles pour aider le développement des
micro-organismes nécessaires au compostage. Pas d’eau consommée à chaque
utilisation, l’usager la remplace par de la terre, des cendres ou des feuilles
(ce qui limite les mauvaises odeurs et éloigne les mouches et autres insectes).

 

Une fois que l’usage est terminé,
il est alors possible de planter, dans la fosse désormais découverte, un arbre,
y compris fruitier : par exemple, un mûrier, un avocatier, un bananier, un
goyavier, un papayer ou un manguier, apportant des revenus et/ou de la
nourriture aux populations, et fixant le sol et l’eau. Comme quoi l’adage de
Lavoisier « Rien ne se perd, rien ne
se crée, tout se transforme
 »[2] se
vérifie une fois de plus !

 

L’arbre peut être remplacé par
des plants de légumes (citrouilles, tomates…), du maïs ou du tabac.

 

Un de ses avantages, qui n’est
pas des moindres, est aussi de permettre, grâce au compost, le développement
d’arbres et de cultures dans des sols qui ne le permettraient pas dans des
circonstances normales, par exemple les sols sableux.

 

De cette sorte, l’arborloo
participe à la refertilisation de la terre, et à la lutte contre la
déforestation, plaies des pays en voie de développement.

Il permet de développer
l’agriculture de subsistances dans les régions marquées par la pauvreté du sol,
la rareté des terres cultivables, mais aussi dans des zones péri-urbaines et
dans des territoires où l’agriculture d’exportation occupe l’essentiel de
l’espace disponible.

 

Ces installations y améliorent
aussi les conditions sanitaires des populations (qui sont souvent détériorées
par l’absence de bonnes conditions d’hygiène), diminuant les maladies à
transmission fécale-orale (diarrhées, typhoïde, choléra, hépatites) ou dues à
des vecteurs (filarioses). Par ailleurs, elles améliorent le statut social et
la dignité des populations les plus démunies (revers de la médaille, elles sont
moins acceptées dès lors que les populations sont plus aisées, pour des raisons
d’image sociale).

 

Les risques de contamination des
nappes phréatiques sont faibles, sauf dans les lieux où elle est très proche du
sol (les fèces pouvant entrer en contact avec celles-ci). Il est aussi
nécessaire d’attendre un an si l’on souhaite directement récupérer le compost
une fois que la fosse est pleine (pour que les organismes nocifs contenus dans
les déjections disparaissent).

 

Après une génèse empirique, avec
des essais en Afrique de l’Est et au Brésil jusque dans les années 1980, les arborloos
ont été créés à la fin des années 1990 au Zimbabwe.

A ce jour, ils ont été diffusés
dans plusieurs pays d’Afrique australe (Malawi : 14.000 arborloos
construits, Zimbabwe : 2.000, Mozambique : 1.000) et orientale
(Ethiopie : 15.000, Kenya), et aux Antilles, en Haïti.

 

Evidemment, il s’agit pour
l’essentiel de pays parmi les plus pauvres de la planète, où l’accès à
l’alimentation et à l’hygiène sont des priorités immédiates pour la population.

Rien de transposable à la France, riche pays
agricole. Et pourtant… L’expérience peut prouver que les bonnes initiatives
d’où qu’elles viennent, ne peuvent être traitées par le mépris, et que des
pratiques imposées par la nécessité dans les pays du Tiers-Monde peuvent
s’exporter jusque dans le monde « riche ». La suite dans un prochain
article…

 

Sources :

http://fr.wikipedia.org

 

Illustration :

Vue de l’intérieur d’un arborloo,
avec dalle en béton transportable, sièges en bois et parois en paille.



[1] Dans les années 1980, les
Brésiliens avaient expérimenté un système analogue, au nom évocateur de « latrinas migratorias ».

[2] Précédemment cité dans ce blog.
Et puis, comme il est question d’alimentation, Parmentier, autre éminent
scientifique de l’époque, aurait tout aussi bien approuvé ce cheminement
inverse, alchimique dirait-on, des latrines à la nourriture.



Les toilettes, latrines,
urinoirs, pissotières, vespasiennes et autres W.C[1] que
l’on utilise quotidiennement, au moins en Occident, semblent être devenues
quelque chose de banal.

Peu de gens se rendent compte du
caractère révolutionnaire de cette invention pour l’hygiène.

Pourtant, elles n’ont été
réellement développées, dans les pays industrialisés, qu’au milieu du 19ème
siècle (comme les poubelles, qui ont
eu une histoire analogue, et doivent leur nom à la figure d’un préfet de Paris,
héros méconnu de la bataille pour l’hygiène).

Auparavant, les grandes villes
européennes, comme Paris ou Londres, déversaient les déchets directement dans
les rivières, propageant à l’occasion des maladies comme le choléra et d’autres
épidémies[2].

 

Mais ce confort, évident chez
nous, n’est pas à la portée de tout le monde, et notamment de la plupart des
habitants des pays en développement. Dans le monde développé, les toilettes
sont de grandes consommatrices d’eau, et certains pays comme le Japon mettent
progressivement des systèmes plus sobres : la consommation d’eau à chaque
chasse engagée est le point faible des toilettes à l’occidentale.

 

Quelques pages de ce blog vont
vous montrer, en quelques étapes, comment des toilettes ingénieuses peuvent
améliorer les conditions de vie de milliers, sinon de millions d’habitants,
tout en limitant l’impact sur les ressources aquatiques.

 

Première étape, l’Inde. Dans ce
pays, le deuxième plus peuplé au monde, quelque 700 millions d’habitants n’ont
pas accès aux sanitaires de base. Et 500.000 personnes décèdent chaque année du
manque d’hygiène.

 

Dans ce pays, les ressources en
eau par personne sont limitées, les toilettes à l’occidentale ne sont pas
seulement hors de portée de nombreux budgets, elles sont aussi incompatibles
avec les ressources en eau douce disponibles[3], qui
ne sont que de 1.122 mètres cubes
par an et par habitant, contre une norme internationale standard de 1.700 mètres cubes
par an et par habitant[4] (et
plus de 3.000 mètres cubes
par an et par habitant en France[5]).

Mais, paradoxalement, offrir des
sanitaires décents apparaît comme un enjeu national pour la santé publique et
les ressources naturelles du pays où l’eau est souvent gaspillée et contaminée !

 

Des initiatives apparaissent
pourtant, remplissant le double objectif (que l’on pourrait tenir
contradictoire) de démocratiser l’accès aux sanitaires et d’économiser les
ressources naturelles.

Dès les années 1970, le médecin
indien Bindeshwar Pathak a lancé une organisation humanitaire pas comme les
autres. Baptisée « Sulabh »,
elle a pour objet de diffuser des WC, individuels ou publics, dont la
particularité est de ne consommer qu’1 à 1,5 litre d’eau par
chasse (contre une moyenne de 10 dans des sanitaires classiques). Soit une
économie de milliards de litres d’eau
par an
.

 

Et ce n’est pas tout ! Comme
l’Inde est restée un pays largement agricole (50% des actifs travaillent dans
ce domaine en 2004[6]), les déjections peuvent
être recyclées en engrais : les déchets sont disposés alternativement dans
deux puits, chacun se remplissant en quatre ans. Une fois le premier puits
rempli, la famille utilise le second, alors que les déchets du premiers se
convertissent en un compost riche.

 

Le prix est adapté aux revenus de
chacun, de 15 dollars (soit 10,5 euros) pour les ménages les plus modestes à
1.000 pour les plus riches. Quant aux toilettes publiques basées sur ce
principe, le tarif d’accès est de 1.000 dollars (soit 700 euros) par mois.

 

A cette date, « Sulabh » a installé 1,2 million de
toilettes chez des particuliers, et 7.500 sanitaires publics en Inde. Ses
inventions viennent d’être exportées au Bhoutan (petit Etat himalayen voisin de
l’Inde), en Afghanistan, et sont en voie de l’être en Afrique, un continent
oublié du développement, où la crise hydrique est localement aussi grave, sinon
plus, qu’en Inde.

 

En 2009, l’ONG Sulabh a reçu le Prix de l’Eau de
Stockholm, prix récompensant depuis 1991 les meilleures initiatives mondiales
pour la protection de l’eau.

 

Le mot de la fin peut être donné
audit comité de Stockholm : « Les
résultats du docteur Pathak constituent l’un des exemples les plus surprenants
de la façon dont un seul être humain peut influencer le bien-être de millions
d’autres
. » Dans la lignée du préfet Poubelle (qui aurait très
certainement été heureux d’appendre la nouvelle s’il était encore de ce monde),
un nouveau grand nom de l’écologie « pratique » vient d’être révélé.

 

La suite de notre « Odyssée
des Toilettes » dans un prochain article du blog.

 

Sources :

http://www.developpementdurable.com/insolite/2009/08/A2735/les-toilettes-ecolos-une-initiative-indienne-durable.html

http://www.rfi.fr/actufr/articles/116/article_83925.asp

http://www.oieau.fr/spip.php?article673&lang=fr

http://fr.wikipedia.org/wiki/Toilette#cite_ref-Last_Taboo_1_1-0

 



[1] J’oublie encore d’autres
noms, que je n’ai pas le temps de citer.

[2] L’histoire de cet illustre
inconnu sera prochainement racontée dans un autre article du blog.

[3] En France, chaque chasse
d’eau consomme de 6 à 20
litres
, soit 20% de la consommation des ménages en eau.



Contrairement à une idée reçue répandue, y compris dans
certains milieux écologistes, agriculture et forêt seraient plus compatibles
qu’il n’y paraîtrait.

 

Bien sûr, en Europe, où la terre est « jardinée »
depuis des siècles sinon des millénaires, on sait à peu près que les paysans
ont toujours laissé des arbres pour retenir la terre et l’eau (qui n’a pas
entendu parler du bocage normand[1] ?).
Mais ailleurs ? L’agriculture et l’élevage sont souvent cités comme
coupables d’une grande partie de la déforestation mondiale, de l’Inde à
l’Afrique en passant par l’Amérique latine. Il y a un peu de vrai là-dedans
(lorsqu’il est question de raser une forêt pour y planter des monocultures
céréalières, oléagineuses ou autres).

 

Pourtant, une étude récente vient de démontrer, images
satellites à l’appui, que, sur quelque 46% de la surface globale des terres
cultivées dans le monde (soit 10 millions de kilomètres carrés, ou une
superficie équivalente à celle du Canada), un dixième de cette superficie est
couvert d’arbres.

 

Ces arbres sont plantés et entretenus par les agriculteurs
de tous les continents, qui en tirent des produits variés : des fruits,
des noix, des remèdes naturels, des résines et bien entendu du bois de
chauffage ou de construction. Ils servent aussi à faire de l’ombre aux
récoltes, à délimiter des champs, à limiter les effets de l’érosion et du vent.
Ils sont présents sur toutes les parties de la planète, sauf dans les régions
les plus arides de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.

 

Selon Tony Simons, directeur général adjoint du centre
mondial d’agroforesterie, basé à Nairobi (Kenya), ceci est une « agréable
surprise », qui quantifie une « ressource sous-évaluée » et peut
aider à lutter contre le réchauffement climatique, en encourageant les
agriculteurs à planter ou replanter des arbres. « Les exploitants pourraient faire davantage pour préserver les arbres
s’ils obtenaient des crédits
. » Le sujet pourrait être négocié à la
conférence de Copenhague en décembre prochain.

 

Pour Wangari Maathai, prix Nobel de la Paix en 2004 et instigatrice
de programmes de reboisement au Kenya[2],
« cette étude offre une preuve
convaincante que les fermes et les forêts ne sont en aucun cas mutuellement
exclusives
 ».

 

Alors que la déforestation au profit des cultures intensives
se poursuit à un rythme préoccupant (7,3 millions d’hectares perdus par an
depuis 2000[3], provoquant un cinquième
des émissions de gaz à effet de serre causées par les humains), le reboisement
en zone agricole est une solution particulièrement intéressante au niveau
planétaire (régulation du climat) comme au niveau local (protection de la
biodiversité, du sol, de l’eau et des ressources économiques des agriculteurs
elles-mêmes).

 

Sources :

« Les arbres plus
nombreux que supposé sur les terres agricoles
 », Alister Doyle,
Reuters, 24 août 2009, traduit en français par Jean-Stéphane Brosse.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Wangari_Muta_Maathai

 

Illustration :

Collines viticoles boisées, à Banyuls (Sud de la France)



[1] Voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Bocage
pour ce type de paysage, courant en Normandie (mais aussi dans tout le Nord et
l’Ouest de la France).

[2] Qui a conduit à la
plantation de 30 millions d’arbres pour lutter contre l’érosion du sol.

[3] Le taux de déforestation a
cependant ralenti par rapport aux années 1990 : il était alors de 8,9
millions d’hectares par an.